BAYLE, Gauthier

Doctorant en sociologie
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Université Paris 8

Université Paris Nanterre
 

Thèse

"L'économie souterraine du nord de Paris. Ethnographie d'une vente à la sauvette alimentaire", sous la direction de Valérie Boussard (Université Paris Nanterre, IDHES) et Claude Dargent (Université Paris 8, Cresppa GTM).

Résumé

Bien que peu de recherches portant sur le sujet s’en soient écartées, l’économie souterraine ne s’observe pas uniquement dans des espaces urbains exclus et ségrégués. Dans le dix-huitième arrondissement de la capitale, ses formes, très hétérogènes, trouvent particulièrement à se diversifier dans un inventaire de ventes « sauvages ». L’une d'elles, honnie par les riverains, jugulée tant bien que mal par la police, consiste à faire commerce d'invendus commerciaux de denrées périssables. Ce type de « sauvette » est généralement pratiquée par des femmes retraitées ou en fin de carrière.
La « ramasse » des produits dans les conteneurs à déchets des magasins et leur revente s’articulent comme les deux séquences du travail de ces « revendeuses ». Procédant par observation participante au contact d’un groupe de huit « revendeuses », mon rôle ne diffère en rien du leur. Je récupère tôt le matin ou tard le soir des invendus que je pose entretemps sur les étals de fortune d’un marché aux légumes du nord de Paris. L’ethnographie révèle en ce sens comment cette activité qui est généralement présentée comme une économie ou un complément de revenu se transforme souvent en une activité (perçue comme) rentable dans laquelle certaines investissent du temps et une énergie considérable.
Conditionnement insuffisant, contaminations, non-respect de la chaine du froid et péremption des produits distribués constituent la majorité des craintes et des désapprobations de celles et ceux qui observent d'un Ĺ“il profane ces étalages de fortune posés chichement aux abords des emplacements conventionnels. Mais les « revendeuses » ne sont pas moins pour autant les premières consommatrices des produits qu'elles « ramassent ». Non abrités de la lumière et de la chaleur, les produits sont le plus souvent posés sur une cagette retournée, soit à même un sac replié sur lui-même, soit encore directement dans la toile d'un charriot à roulette. Peu de ces denrées ont transité dans des conditions isothermes et leur disposition sur le lieu de vente produit un contact obligé à la température ambiante. Qu'à cela ne tienne, les revendeuses gardent pour elles-mêmes la marchandise dès lors qu'elle est trop abondante ou trop périmée pour être revendue.
En suivant les « revendeuses » sur deux marchés de l'arrondissement (La Porte de Montmartre et Barbès), il est également possible de décrire les rapports (souvent houleux) qu'on entretient dans les rangs des revendeurs de rue. Expliquer ce tissu social dense revient ainsi à dévoiler les dispositions communes qui lient les vendeurs à leurs acheteurs et par la suite, les relations aux autres types de reventes (contrefaçons, cigarettes de contrebande, vêtements, petite vaisselle, médicaments…).
Bien que potentiellement peu criminogène au vu des faibles montants monétaires qu'elle génère, la vente à la sauvette de produits alimentaires fait aussi l'objet d'une attention policière précise. Répertoriée dans les « reventes de produits de base », elle côtoie dans la classification policière de répression des infractions pénales, la revente de toutes sortes de produits consommables (produits d'hygiène, piles électriques, cartouches d'encre pour imprimante…). A contrario de leurs homologues masculins et juvéniles, les « revendeuses » sont assurément une figure atypique de la clientèle policière. Les interactions avec les forces de l'ordre sont alors d'autant plus étonnantes que les rencontres sont fréquentes. De là, s'impose de décrire l'accommodement progressif aux risques d'interpellation de ces dames âgées, dans le giron d'une procédure de verbalisation simplifiée qui facilite, en fait, autant l'action de répression que l'action répréhensible.
L’ethnographie montre enfin que si ces activités viennent se greffer inopinément aux échanges marchands d'un marché municipal, leur présence est tout de même redevable de la structure commerciale plus large de l'espace urbain dans lequel elles s'inscrivent. De sorte que la recomposition des trajectoires individuelles de ces revendeuses croisée au contexte local d'implantation de leurs espaces de revente permet de faire de ce « trafic », une porte d'entrée privilégiée sur le monde souterrain d'un secteur marqué par son intense activité commerciale, légale et non légale. Du chevauchement de ces deux sphères, l'étude se donne pour objectif ultime d'éclairer comment le 18e arrondissement ; les secteurs de Barbès, Château Rouge et de La Porte de Montmartre notamment, se sont constitués en une plaque tournante du marché à la sauvette.

Mots clés
Vente à la sauvette, zone de sécurité prioritaire, Barbès - Château Rouge, police, pauvreté, travail informel

Thématiques de recherche

- Ethnographie urbaine
- Économie souterraine
- Délinquance
- Socialisation

Axes de recherche de l'Idhe.s
Axe 1 : Produits, entreprises, travail et relations professionnelles


Publications

- Bayle Gauthier, « L’esprit subversif de la vente à la sauvette. Les échanges de produits alimentaires de récupération en opposition des politiques sociales », Sciences et actions sociales [en ligne], náµ’ 3, 2016, http://www.sas-revue.org/index.php/25-n-3/dossiers-n-3/53-l-esprit-subversif-de-la-vente-a-la-sauvette-les-echanges-de-produits-alimentaires-de-recuperation-en-opposition-des-politiques-sociales.

- Bayle Gauthier, « [Compte rendu d’ouvrage] Chiapello, C., Gilbert, P., Sociologie des outils de gestion. Introduction à l’analyse sociale de l’instrumentation de gestion », Sociologie du travail, vol. 56, náµ’ 4, 2014.

Rapports
- Bayle Gauthier, Prévention des risques psychosociaux,  Ministère de l’agriculture, cabinet du ministre et service de la DGAL, novembre 2015.

- Bayle Gauthier, Enquête « Insertion professionnelles des Masters », Nanterre : Observatoire de la Vie étudiante, Université Paris Ouest, mars 2015.

Communications

- Bayle Gauthier, « La structure commerciale du secteur Barbès et les déterminants de son économie souterraine », séminaire doctoral, Nanterre, université Paris Nanterre, 15 janvier 2017. URL : http://idhes.parisnanterre.fr/manifestations-scientifiques/seminaires/seminaire-doctoral-734587.kjsp?RH=1422610075962.

- Bayle Gauthier, « Ethnographier le «â€Żnon-recours » sous le prisme de la vente à la sauvette : le commerce des produits alimentaires de récupération en opposition des politiques sociales, SA01 - S6 - », XXe congrès « Sociétés en mouvement, sociologie en changement », AISLF, Montréal, université du Québec (UQAM), juillet 2016. URL : https://sites.grenadine.co/sites/aislf/fr/2016/schedule/924/SA01+-+S6+-+Ethnographier+le+%C2%AB+non-recours+%C2%BB+sous+le+prisme+de+la+vente+%C3%A0+la+sauvette+%3A+le+commerce+des+produits+alimentaires+de+r%C3%A9cup%C3%A9ration+en+opposition+des+politiques+sociales.

- Bayle Gauthier, « L’esprit subversif de la vente à la sauvette : les échanges de produits alimentaires de récupération en opposition aux politiques sociales », Journées internationales de sociologie du travail (JIST2016) : crise(s) et mondes du travail, Athènes, université Panteion, mai 2016. URL : https://jist2016.sciencesconf.org/.

- Bayle Gauthier, « Les systèmes d’information de l’aide alimentaire », Consortium doctoral, colloque de l´Association Information et Management (AIM 2015), Rabat, Institut national des postes et télécommunications, mai 2015.

- Bayle Gauthier, « La vente à la sauvette de produits alimentaires », séminaire « Idées », Nanterre, université Paris Ouest Nanterre La Défense, décembre 2015. URL : http://idhes.parisnanterre.fr/archives-/seminaires-2015-2016/seminaire-doctoral-641298.kjsp?RH=1422610075962idhes.parisnanterre.fr/archives-/seminaires-2015-2016/seminaire-doctoral-641298.kjsp.




Mis Ă  jour le 21 juin 2017